Perdrix bartavelle



Nom scientifique : Alectoris graeca
Famille : Phasianidés
Taille : 33-36 cm
Envergure : 46-53 cm
Poids : mâle 650-750 g ; femelle 500-650 gr
Âge maximum : jusqu’à 5 ans
Taux de survie : %

Aspect

Rare perdrix des montagnes et des pentes rocheuses, surtout identifiée à sa répartition et à son milieu; C'est un oiseau à dos uni rappelant les Perdrix choukars ou les Perdrix rouges, avec un court bec rouge, des pattes rouges et une queue rousse visible en vol. Elle peut être confondue avec ces dernières. Au niveau de la taille, c'est la plus grande des perdrix. Son dos est d’un gris cendré brunâtre, Le haut de sa poitrine est gris bleuté, son ventre est roux pâle et ses flancs sont rayés de roux, de noir et de crème (moins régulièrement chez le juvénile). Son bec et ses pattes sont rouges. Elle a la gorge blanc pur, un trait noir partant du bec et très peu de blanc derrière l’œil. Elle a un trait noir sur l'œil.

Photographie Pascal Charrière

La Perdrix bartavelle ressemble étroitement à la perdrix rouge, mais la zone blanche de la gorge est plus grande et est bordée d'une ligne noire mieux définie. Le dessus est plutôt brun grisâtre que roussâtre. Elle ne diffère de la Chukar que par des détails de coloration : plus de noir à la base du bec, en arrière de l'œil, bande noire (noir et roussâtre chez la Chukar), gorge blanche (crème chez la Chukar). Sa bavette blanche est nettement bordée de noir (sur une largeur variable au milieu de la poitrine; large dans les Alpes, étroite ou absente en Sicile); et le fin sourcil blanc, atteignant souvent le front; a du noir à la base de la mandibule supérieure, mais pas de petit trait noir prolongeant la commissure (existe chez la Chukar). Le plumage des deux sexes est identique. En raison de l’absence de dimorphisme sexuel du plumage, la détermination des sexes est impossible, sauf au printemps lorsque les oiseaux sont observés en couple. Le mâle se distinguant de la femelle par une stature un peu plus forte et par des différences d’attitudes. Observée le plus souvent à l'envol, et alors difficile à différencier de la Perdrix choukar, dont l'aire de répartition est toutefois distincte.

Comportement

Elle est active à l’aube et durant la journée. Monte en général les pentes en marchant, vole pour les descendre. La recherche de nourriture se fait au sol. La Bartavelle est cependant méfiante et reste souvent impossible à repérer lorsqu'elle semble jouer à cache-cache entre les blocs des éboulis, Elle surprend généralement celui qui tente de s'en approcher, laissant à l'observateur frustré juste le temps d'apercevoir les coins roux de sa queue. Elle fuit le plus souvent à pied en remontant agilement la pente, et ne s'envole que lorsqu’elle est contrainte par un homme ou par un prédateur, plongeant systématiquement en contrebas à grande vitesse.

Diurne et crépusculaire, elle passe la majeure partie de son temps au sol et se perche rarement sur les arbres, le cas échéant jusqu’à 10 m de hauteur, généralement lorsque la neige recouvre le sol. Elle aime se prélasser au soleil au d'un arbre d’un buisson ou d'un rocher. Tout comme les tétras, elle apprécie les « bains de fourmis, se vautrant dans la cuvette grattée dans une fourmilière en gonflant les plumes du cou et en étendant les ailes. En hiver, les oiseaux se tiennent sur les pentes raides exposées au sud ou sur des crêtes balayées par les vents où la neige ne tient pas longtemps. Elle s’approche alors volontiers des troupeaux de chamois et de Bouquetins grattant la neige pour picorer jusque sous leurs sabots.

Habitat

Plus liée à la haute montagne que la Perdrix choukar, la bartavelle vit surtout sur les pentes alpines rocheuses ensoleillées. Montagnarde par excellence, la Bartavelle se rencontre aussi haut que le Lagopède alpin. Cela semble un exploit pour cette méditerranéenne qui aime le soleil et la chaleur, moins bien équipée que les tétraonidés pour affronter les rigueurs de l’hiver et surtout l’enneigement prolongé. Espèce commune dans les lieux secs, les broussailles, sur terrain rocailleux ; se rencontre parfois aussi au-delà de la limite des arbres. L’habitat de la Bartavelle combine rochers et graminées, dans de fortes pentes bien exposées : depuis les prairies pas trop denses avec blocs rocheux, les landes offrant une bonne proportion de végétation herbacée, jusqu'aux éboulis plus ou moins herbeux et aux pelouses des crêtes et des karsts; les champs de céréales apportent ponctuellement un appoint apprécié. Une végétation trop rase ou uniforme ou des plateaux trop vastes sans accident de terrain sont évités, de même qu'un couvert forestier excessif: seuls des prés-bois ou mélézeins clairs, permettant l'installation d'un couvert herbacé, peuvent être fréquentés; de petits arbres dispersés sont même appréciés.

Niche sur les versants pierreux, principalement au-dessus de la limite des arbres (également dans les clairières et parfois parmi les arbres clairsemés), observée souvent à 1000-2000 mètres d'altitude, de préférence où il y a de l'herbe, des arbustes et des buissons bas. Mais des observations les plus élevées, ont pu être faites : En Suisse le record est de 3 individus en Valais à 3 250 m en 2005. L’importance d'un relief accusé favorise le camouflage, la fuite et permet l'étalement des ressources (fleurs, graines et baies et des taches de déneigement (par abri, soufflage ou fonte); celles-ci sont vitales pour cette espèce totalement inadaptée à un manteau neigeux continu (incapacité à digérer des éléments ligneux). C'est pourquoi des crêtes ventées, des barres rocheuses voire des falaises exposées plein sud sont nécessaires au moins durant les périodes hivernales. En hiver, quand les conditions climatiques se dégradent, elle peut se déplacer et se rapprocher alors des villages, voire hiverner autour de granges,vers des altitudes plus basses de 700 à 1 400 mètres.

Aire de répartition

Oiseau des montagnes du sud-est de l'Europe, la Perdrix bartavelle se rencontre des Alpes aux Îles grecques, en Sicile et dans les Apennins; la sous-espèce A. g, saxatilis s'étend des Alpes dinariques aux Alpes françaises, limite occidentale de l’espèce. Les autres sous-espèces de bartavelle occupent les Balkans, la Sicile et les Apennins. Avec plus de 20 000-35 000 couples, l'Italie et la Croatie hébergent 60 % de la population globale; après l'Italie, la Suisse est le pays alpin le plus important pour l'espèce, devant la France l'Autriche et la Slovénie.


Légende de la carte

Sur la bordure méridionale des Alpes, au niveau de la zone de contact de l’aire de répartition de la bartavelle avec celle de la perdrix rouge, on rencontre des perdrix hybrides, appelées perdrix rochassières, aux caractères génétiques et phénotypes intermédiaires entre les deux espèces.

Reproduction

Pendant la reproduction, les bartavelles sont territoriales et marquent leur domaine par des chants caractéristiques, émis principalement par les coqs. Les couples se forment au printemps. Les coqs de Perdrix bartavelle défendent leur territoire d'avril au début de mai, les postes de chant marquant plutôt la partie basse du domaine vital. Le mâle défend son territoire en « caccabant » souvent bien en vue sur un promontoire dès avant l'aube et le soir de mars à mai, tout au long de la journée en juin.

C'est le mâle qui désigne l’emplacement du nid, mais il ne participe pas à la couvaison, ni à l’élevage des jeunes et ne rejoint la famille qu’à la fin de l'été. Le nid est une cuvette assez profonde grattée dans le sol et garnie d'une litière composée principalement de tiges sèches de graminées, de rameaux et de racines mêlées de plumes mêlées de plume tectices de la couveuse; il est souvent dissimulé sous une touffe de ces mêmes graminées, un arbrisseau ou un surplomb rocheux, exceptionnellement entre les racines d'un sapin. La femelle pond entre mi-mai et début juillet, 9-14 œufs qu’elle couve seule pendant 24-26 jours dès la ponte du dernier œuf. Bien camouflée sur son nid, elle ne quitte guère sa couvée sauf lorsqu'elle est découverte. Elle veille seule sur ses jeunes, capables de voler à l'âge de 3 semaines environ. Il n’y a qu’une seule ponte annuelle.

Les jeunes éclosent en même temps et quittent le nid après quelques heures. La femelle, au début également le mâle, conduit les jeunes aux places de nourrissage et les couve durant les premiers jours pour les maintenir au chaud. L’élevage des jeunes a lieu entre 1 500 et 2 500 mètres d'altitude, sur de versants à pente moyenne à forte, de préférence bien exposés. Dès l’âge de 10-20 jours, les jeunes commencent à voler et avec 50-60 jours, ils ont atteint la taille adulte et sont quasi indépendants.

Les nichées sont élevées sur un petit territoire, pour se regrouper à plus haute altitude dès l'automne; la croissance des jeunes ne sera réellement achevée que vers la fin d'octobre. Ils connaîtront leur première reproduction à un an. En automne et en hiver, les bartavelles se regroupent en petite compagnie comptant jusqu'à une vingtaine d'individus, rarement plus. Les compagnies, mâles et femelles mélangés, se disperseront et redescendront plus ou moins avec l'arrivée de la neige, les zones d'hivernage pouvant être choisies soit sur place soit dans un massif voisin. l’espèce forme des groupes d’une dizaine, rarement jusqu’à une centaine d’individus. Les compagnies se disloquent dès février/mars et les couples se forment en avril et les partenaires restent souvent ensemble plus d’une saison.


Photographie Michel Barraz

Migration

L'espèce est généralement sédentaire, se contentant de mouvements altitudinaux en hiver. Mais certains oiseaux ont même un comportement migrateur : ils se déplacent en octobre et en mars entre une zone d’hivernage et une zone de reproduction éloignées qui peut aller jusqu’à plusieurs dizaines de km l’une de l’autre. Les exigences hivernales "dilatent" également l'amplitude altitudinale des bartavelles, puisque selon les individus ou les conditions écologiques, elles peuvent hiverner à 700 m, comme à 3 000 m sur des pentes exposées au vent dans des parcelles libres de neige (amplitude de 2 300 m, record chez les galliformes de montagne). Lorsqu’une épaisse couche de neige empêche la Bartavelle d'accéder à sa nourriture, elle hiverne alors aux altitudes inférieures, pénétrant volontiers dans les cultures extensives d'avoine ou de seigle ainsi que dans les vignobles, à proximité des étables jusqu'aux abords des villages, dans les steppes parsemées de pins jusqu'au pied de l'adret lors d'hivers très enneigés.

Voix

Cri territorial : cri comportant 4 syllabes, rapides et saccadées de sons brefs, durs. Sifflement trisyllabique caractéristique.

Nourriture naturelle

Le régime alimentaire est essentiellement végétarien, composé de pousses, fleurs , tiges, feuilles, graines et baies, En été, les invertébrés (larves et imagos) sont également mis à contribution, notamment pendant la période de croissance des jeunes, grillons et sauterelles, fourmis, coléoptères, diptères, chenilles et autres arthropodes (araignées, myriapodes, cloportes), vers et mollusques.

État des populations

Les Alpes internes abritent la majorité de la population. Dans les Préalpes du nord, les Bornes et la Chartreuse trop humides paraissent inoccupées, contrairement aux Bauges grâce au site très particulier de l'Arclusaz (73). Au sud, Vercors et Trièves sont peu peuplés (Goubert 2000b). La répartition régionale couvre les quatre départements alpins, la Savoie étant la mieux pourvue. Les trop rares recensements donnent des densités de 0,7 à 2,8 coqs chanteurs au km – de biotope de reproduction potentiel (OGM(1) - 1997), soit 0,6 à 2,2 couples au km 2, en considérant 20 % de mâles célibataires (Bernard-Laurent et de Franceschi 1994). La population française serait de l'ordre de 2 000 à 3 000 couples, dont 300 à 1 000 couples pour Rhône-Alpes (Bernard-Laurent et de Franceschi 1994).

L’ONCFS (2) est un peu plus large dans ses évaluations qui donnent des effectifs de bartavelle en France évalués à 4 000-6 000 adultes. Par contre, la régression de l’espèce est mise en évidence. Sur 16 sites de référence répartis sur les Alpes et suivis depuis au moins six ans, les effectifs sont en diminution dans 5 cas. Sur les 11 autres sites, la tendance n’est pas significative au plan statistique, mais elle est le plus souvent à la baisse (10 cas sur 11). Les effectifs peuvent subir des fluctuations importantes d’une année à l’autre (source : ONCFS).

La Perdrix bartavelle subit des fluctuations démographiques très marquées en fonction des années, hivers enneigés et étés pluvieux conduisant à de véritables effondrements de population, voire à des disparitions dans les massifs marginaux ou enneigés (Haute-Savoie, Préalpes). En 1989, elle aurait ainsi disparu de 43 % des communes où elle était présente en 1964 et notamment de la plus grande partie de Haute-Savoie, des Bauges et du Vercors (Magnani et al. 1990), ce qui a conduit à la fermeture de la chasse (1974 en Haute-Savoie, 1980 en Savoie, 1981 en Isère). Par contre, les années favorables du début des années 1990 ont conduit à un retour prononcé de la Bartavelle. Pressentant cette évolution la chasse a hâtivement été à nouveau autorisée, avec Prélèvement Maximal Autorisé il est vrai, en 1985 en Isère, en 1993 en Savoie 19 communes et en 2008 en Haute-Savoie).

Infos complémentaires : Évolution de la population de Bartavelle en Suisse
Infos complémentaires : Menaces pesant sur la bartavelle.

Chasse

La Perdrix bartavelle est un oiseau chassable en Albanie, en Bulgarie, en Grèce, en Italie et ex-Yougoslavie. En Europe, la chasse de la Perdrix bartavelle est interdite en Autriche depuis 1968 et en Suisse depuis 1978. En France la chasse est autorisée, mais limitée, soit à travers le nombre de jours de chasse autorisés (dans les trois départements des Alpes du Sud), soit en instaurant un plan de chasse : en Isère depuis 1985, en Savoie depuis 1993 et en Haute-Savoie depuis 2008). La chasse à la Perdrix bartavelle est interdite dans la Drome.

La Perdrix bartavelle a été protégée en Haute-Savoie jusqu’en 2008, mais les chasseurs ont obtenu cette année, la reprise de la chasse en raison d’une légère augmentation des populations, même si le risque de disparition de cette région n'est pas totalement écarté. Voir les pages sur la Chasse à la Perdrix bartavelle en Haute-Savoie et les Menaces pesant sur la bartavelle.

Infos complémentaires : Chasse à la Perdrix bartavelle en Haute-Savoie

Statut UINC et protection

Espèce en déclin, la bartavelle est classée en :

• Liste rouge IUCN : Préoccupation mineure (« lower risk »)
• Annexe Il de la Directive Oiseaux
• Annexe III de la Convention de Berne.
• Liste rouge EU : vulnérable (classement provisoire).
• SPEC 2.
• CMAP :
• Convention de Bonn : -
• CITES : - .

Infos complémentaires : Les mesures de protection internationalesOGM : Observatoire des Galliformes de Montagne

Notes de renvoi

(1) OGM : Observatoire des Galliformes de Montagne
(2) ONCFS : Office Nationale de la Chasse et de la Faune Sauvage

Sources documentaires

• Les oiseaux de Suisse - L. Maumary, L. Valloton et P. Knauss - Édition Nos Oiseaux
• Oiseaux menacés et à surveiller en France - G. Rocamora et D. Yeatman-Berthelot - Édition SEOF/LPO
• Oiseaux nicheurs de Rhône-Alpes - Édition CORA
• Inventaire des Oiseaux de France - P.J. Dubois, P. Le Maréchal, G. Olioso et P. Yésou - Édition Nathan
• Document ONCFS : La Perdrix bartavelle - A.Bernard-Laurent
• Proposition d'un plan de gestion de la Perdrix bartavelle - Fédération des chasseurs de Haute-Savoie
• Guides des Oiseaux de France et d’Europe - R. Peterson - Édition delachaux et niestlé
• Guide ornitho - L. Swensson - Édition delachaux et niestlé
• Oiseaux de France et d’Europe - Rob Hume - Édition Larousse
• Les oiseaux d’Europe - L. Jonssson - Édition Nathan
• Les oiseaux d’Europe - C. Perrins et M. Cuisin - Édition delachaux et niestlé

Liens externes

Status UICN : la Perdrix bartavelle
ONCFS : Perdrix bartavelle
OGM : ONCFS
Directive Oiseaux : Wikipedia
Directive Oiseaux : Droit et protection de la nature en France


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Dernière mise à jour :2/17/10


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